— Ah, la fameuse question de la vitesse, de la rentabilité, de la productivité… L’IA peut générer des milliers d’images en quelques secondes, mais qui pourrait lui reprocher de ne pas avoir le temps de se poser la question de l’âme qui réside dans un tableau ?
— Un tableau, ce lieu où une main, une pensée, un doute, une hésitation prennent corps. Un lieu où l’on peut encore respirer dans le même air que le peintre, dans le même espace que lui, qu’il soit là ou disparu depuis des siècles.
Il suffit de regarder lentement, sans attendre un bénéfice, comme on écouterait quelqu’un parler dans une langue ancienne, dont les mots nous échappent mais dont le sens nous imprègne.
Et pendant que l’intelligence artificielle génère des milliers d’images en quelques secondes, je passe des semaines sur un bleu, des mois sur un visage. C’est peut-être déraisonnable, mais c’est la seule manière que j’ai de rester pleinement vivant et
d’être là, présent.
Je ne cherche pas à aller plus vite. Je cherche à habiter ce que je peins, à habiter pleinement le monde. Et cela, aucune machine, aucun algorithme, aucune beauté instantanée ne pourra me l’offrir. Tant que ce monde aura besoin de présence, un tableau, aussi lent soit-il, sera nécessaire et parfois merveilleux.
Rien ne presse la pensée de la beauté.