Rendez-vous à la commission David - Florence - le 25 janvier 1504.

Huile sur toile 60 x 80 | 2018

L’histoire de ce tableau est singulière. Le dimanche matin 3 juin 2018 à Romainmotier, je me promenais au bord du Nozon. Le moral un peu en berne, je venais de finir « La biennale de Venise » et je trouvais l’art de notre temps racoleur, prétentieux et d’une tristesse infinie. Perdu dans mes pensées, j’aperçois une femme promenant son chien, je m’approche d’elle, elle se tourne, me sourit et me montre un troupeau de moutons regroupé sous un arbre, « ça dort encore ici ce matin ». Je venais de rencontrer la fée Magali.

Florence 25janvier 1504

Nous avons parlé, regardé, apprécié, joué, aimé cette nature magnifique, après deux heures  nous nous sommes retrouvés sans rien comprendre autour d’un café au salon de thé de l’abbaye. L’art et le processus artistiques prends le dessus dans nos réflexions. J’ai souvent rêvé d’un atelier à Romainmotier, Magali me regarde droit dans les yeux et appelle le patron, « Mon ami cherche un atelier de peintre à Romainmotier », il griffonne un nom sur un bout de papier, « C’est le plus bel atelier de Romainmotier et il n’est pas occupé ». Elle me sourit, « Brenar, ce n’est pas compliqué, viens à midi ». À midi ? « Oui je t’appellerais », j’ai plus de batteries à mon téléphone, « Mademoiselle, mon ami n’a plus de batterie à son Iphone, vous avez un chargeur ? », « Oui, je vous l’apporte tout de suite ».

Je la regarde, le monde semble lui obéir.

À midi elle revient me chercher, « J’ai une surprise pour toi ». Elle me conduit dans le jardin de l’immense atelier, me présente Claudio et son groupe d’amis musiciens et danseurs, « Claudio ? as-tu le numéro de téléphone de la propriétaire de l’atelier de mon ami ?, nous avons son nom mais pas son téléphone », « oui, Magali, je te le donne tout de suite ».

Tout le groupe par en promenade au son des cornemuses, violons, accordéons, flûtes. Arrivé dans un pâturage, Magali m’invite à danser la valse, me présente Véronique, architecte, qui m’aidera pour mon projet Lemania et qui se risque à m’apprendre une autre danse, elle est très courageuse.

Magali me regarde, bienveillante, «  change ta façon de penser ».

En fin de journée, le moment tant redouté, le moment de se quitter, elle s’approche. «  Je dois te dire quelque chose d’important, tu as tellement envie d’aller à la commission David et tu as tellement travaillé sur ce tableau, alors je vais faire ça pour toi ». Je l’aurais prise dans mes bras, serré très fort contre moi, je n’ai pas osé. Mais comment ? faire ça pour moi ?

«  Les énigmes c’est la poésie du monde, un jour, je t’enverrais un signe, le chiffre 7 cinq fois, à ce moment tu pourras assister à la commission David, et ne t’inquiète pas tu partiras et tu reviendras à la même seconde. Le temps que tu désir passer à Florence n’a pas d’importance ».

Hier j’ai éteint ma moto, j’ai regardé le compteur qui affichait 77'777 km. Je suis parti aujourd’hui, le 6 juin 2018 tout en roulant sur l’autoroute avec ma fille Delphine. Un jour, je vous raconterais les 3 mois que j’ai passé à Florence en 1504, mais pas aujourd’hui, je soigne ma tristesse d’être revenu avec la joie de revoir les miens.

Je dois encore vous dire que Magali est enceinte d’une petite fée et que le père s’appelle David.

Nozon2Le Nozon est une rivière coulant en Suisse, dans le canton de Vaud. Elle a la particularité d'alimenter deux bassin-versants différents, celui du Rhône et celui du Rhin, comme une frontière entre deux mondes, celui des fées et celui des hommes. Promenez-vous, regardez bien, les fées sont là.

MagaliLa fée Magali au bord du Nozon, dimanche 3 juin 2018.

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" j’ai regardé le compteur qui affichait 77'777 km "

 

 

 

 

Le 25 janvier 1504, s’est réuni le conseil des artistes les plus importants de Florence pour décider de l’emplacement du David que Michel-Ange vient de terminer. Voilà la liste des 29 membres de la commission David ainsi que leur âge en 1504 :

Michel-Ange, 29 ans

Léonard de Vinci, 52 ans

Botticelli, 59 ans

Filippino Lippi, 47 ans

Cosimo Rosselli, 65 ans

Giuliano da Sangallo, 59 ans

Andrea Riccio, 34 ans

Lorenzo della Volpaia, 58 ans

Andrea della Robbia, 69 ans

Biagio di Antonio Tucci, 38 ans

Benardo della Ciecha,

Salvestro

Gallieno

David Ghirlandaio, 52 ans

Antonio da Sangallo, 49 ans

Giovanni

Giovanni Cornuola

Guasparre

Piero di Cosimo, 42 ans

Benedetto Buglioni, 44 ans

Lodovico

Attavante, 52 ans

Simone del Pollaiolo, 47 ans

Bonaccorso di Bartoluccio

Chimenti del tasso

Andrea dal Monte Sansovino, 44 ans

L’Araldo di Palazo – Francisco Filarete

Le deuxième hérault – Neveu de Francisco

Francesco Monciatto

David

Premier jour à Florence: Le 25 janvier 1504

La salle est immense à l’intérieur du Palais Vecchio, 30 chaises en rond pour les grands de Florence, derrière, des chaises plus modestes pour les citoyens qui veulent assister à la commission, je vois une chaise libre au premier rang, je fonce. Mon voisin se présente.

– Antonio Vasari
– Brenar
– Ça va bientôt commencer
– Vous les connaissez ? Regard surpris et inquiet de mon voisin.
– Vous venez d’où ? Ici tout le monde les connais !
– Je viens de loin, vous pourrez m’instruire ?
– Avec plaisir, je les connais quasi tous personnellement.
– Léonard aussi ?
– Léonard aussi bien sur. Vous le connaissez ?
– Non, pas personnellement, mais j’en ai entendu parler.

Je me demande, Antonio Vasari ? Vasari père ? oui, c’est ça, son fils Giorgio naîtra dans 7 ans; peintre, architecte, écrivain et biographe, il est considéré comme le fondateur de l’histoire de l’art. Antonio me sort de mes pensées.

– Monsieur Brenar, ils arrivent !

Je sens l’assistance se redresser sur sa chaise, les pas se rapprochent, les deux portes s’ouvrent.

– Voilà Léonard et Michel-Ange ! Normalement Michel-Ange ne doit pas assister aux débats, la commission est consultative et sa présence n’est pas requise, mais je pense qu’il veut saluer tous les membres et souligner l’importance de cette réunion pour lui, trois ans qu’il travaille jour et nuit à son David. Vous l’avez vu ?

– Non, pas encore, je suis arrivé ce matin à Florence.

– Vous verrez, c’est un chef d’œuvre ! Vous savez, il y a aussi un enjeu politique à cette réunion, le lieu va être hautement symbolique, devant le Palais Vecchio, il sera une marque de l’indépendance de la république, du peuple de Florence face aux puissants, ailleurs il ne sera que le David biblique.

Je les regarde, je suis là, à 10 mètres de Léonard et de Michel-Ange. Léonard regarde dans notre direction et salue Antonio. Je sèche mes larmes.

 

(...)